Ca y est c'est l'heure; l'heure des vacances, l'heure de rendre mon tablier, l'heure de passer à autre chose.

Vendredi midi je quitterai mon job, définitivement. Est ce qu'un jour je ré exercerai ce métier? Je n'en sais rigoureusement rien. Optométriste en France s'apparente un peu à la gale, nous sommes à peine tolérés, parfois même persona non grata! Surtout ne jamais nous appeler optométristes mais plutôt  assistants d'ophtalmos. Une fois le côté technique dépassé, nous sommes confinés dans un rôle humain bien particulier et peu enviable: entretenir l'égo surdimensionné des médecins et accepter leurs brimades pour pouvoir toujours  entretenir un rapport hiérarchique...et tout ça avec le sourire évidemment!

Je laisse donc bien volontiers ma place à quelqu'un d'autre; j'ai très envie d'avoir à nouveau le droit de penser...

Et pourtant il y a tout un pan de mon métier qui me manquera terriblement: la relation aux patients, ces instants, souvent trop court, ou ils se livraient dans mes 9M2, et laissaient transparaitre un bout de leur intimité, parfois magique, drôle, parfois moins. C'est comme ça que je me suis retrouvée en face d'un petit monsieur d'origine espagnole, adorable, qui me racontait sa vie, ses affaires et j'ai été surprise de l'avoir là en chair et en os, lui dont j'ignorais encore quelques minutes auparavant qu'il était le fondateur d'une marque de ski... 

En 4 ans j'ai côtoyé des gens de tous horizons: de niveaux sociaux très différents, de couleurs, de langues d'éducations différentes; Je suis passée du " ah surtout ne vieillissez pas vous savez c'est pas bon de prendre de l'âge", qui me faisait sourire voire m'agaçait, aux personnes épuisées de vivre, qui me tordaient les tripes de douleur et qui me redonnaient instantanément la définition des mots vie/santé.

Aujourd'hui je me retrouve à devoir faire un nouveau puzzle...mais dans la boite il n'y a pas le modèle...