On ne choisit pas son métier par hasard, on ne choisit pas non plus son voyage par hasard. J'ignore toujours  pourquoi, un beau matin, j'ai posé le doigt sur cette destination!

Le Cambodge: c'est une histoire d'hommes bien évidemment, de paysages mais aussi une histoire de pierres et de visages.

Il a fallu appréhender la culture bouddhiste et hindouiste en un temps record... et vu mon niveau en la matière ... le mahayana et le hinayana, l'eau lustrale... j'avoue avoir vécu de grands moments de solitude "plus jamais je ne partirai sans avoir rien potassé!"

Au bout du troisième temple j'ai  commencé à être au parfum et à comprendre un peu de quoi il retournait. J'avoue, un peu honteusement, m'être retrouvée dans le Ta Prohm, avec une multitude de gens émerveillée, à me demander sur quoi il fallait exactement s'extasier !

Contrairement à toute attente ce n'est pas Angkor Vat qui m'a laissé le plus pantois, mais sûrement le Bayon ou encore le Baphuon.

le Bayon: temple bouddhiste du XIII ème siècle dédié au dieu indra; mon coup de coeur. J'ai adoré me perdre dans les "couloirs du temple", tomber nez à nez avec des moines en toges jaunes, pourpres orangées, et ces tours à 4 visages... impressionnantes, majestueuses, une pure merveille. Il y règne une atmosphère de sérénité toute particulière.

Le Baphuon, du XI ème siècle,  représente le mont Méru (montagne mythique considérée comme l'axe du monde dans la mythologie hindoue au dessus les cieux, en dessus l'enfer et tout autour le monde visible). Il est en rénovation depuis plus d'un demi siècle, par anastylose et maintenant même en retaillant des pierres, car les plans de reconstructions ont été détruit par les khmères rouges. Du coup la dichotomie noir blanc, ancien nouveau  donne un côté assez particulier à ce temple. Je me perds à imaginer un défilé haute couture sur cette longue allée qui mène au temple, avec un jeux pyrotechnique qui embrase ces vieilles pierres.

Et puis il y a les moments où l'on perd pied: une nuit dans un village lacustre, sur le lac Tonle Sap, en période sèche.

En débarquant dans le village, une petite fille nous accoste avec du "one dollar please". Visiblement nous ne sommes pas les premiers à passer par là, à venir scruter l'indigence de cet endroit ! Je suis déjà très mal à l'aise. Les enfants sont plus agressifs, les visages plus triste  et fermés que d'habitude, certains sont sous les maisons en pilotis à faire sécher des crevettes, d'autres sont assis sur leurs marches d'escaliers ultra verticales et hautes, et brusquement je prends conscience que 6 mois par an pendant la période humide il ne peuvent  marcher dans ce village; Le seul mode de déplacement sera la barque... pendant 6 mois le seul endroit ou ils pourront se tenir debout c'est à l'intérieur de  leur maison...J'ai la gorge nouée je voudrais partir en courant, mais il faudra passer la nuit ici, dans la plus belle maison du village, à côté du seul puits...

Dans un tout autre style: le nord du Cambodge à la frontière thaïlandaise, accessible uniquement par une piste complètement défoncée, jonchée de tentes de démineurs. A chaque arrêt les recommandations sont similaires: ne surtout pas s'éloigner car la zone est encore criblée de mines antipersonnelles. Gloups!

Arrivée en plein far ouest dans un village du bout du monde constitué que d'une seule rue un bar un "hôtel" et quelques habitations. Nous sommes en période de fêtes du nouvel an; les hommes cuvent dans les hamacs, les enfants jouent avec des pneus, et aux fourneaux???? Les femmes bien évidemment. Nous avons passe 2 h accolés au bar à regarder la vie défiler devant nous sans vraiment pouvoir y participer et avec une notion d'irréalisme absolue.

L'hôtel! On aurait dit un hôtel de passe avec des petits rideaux à froufrou roses, insalubre au possible; On aurait préféré planter une tente dehors mais on nous l'a déconseillé, la sécurité faisant furieusement défaut...

Et puis il y a 2 temples plus connus pour la petite histoire: Beng melea, le temple khmer où a été tourné le film les deux frères; On y passe volontiers un moment. Il reste encore les ossatures en bois du tournage qui facilitent l'accès. Et Bantea Srey où la citadelle des femmes, constitué de bibliothèques finement sculptées dans un grès rose. André Malraux était un homme de goût puisqu'il y déroba un linteau avant de se faire pincer...

En rentrant je n'avais qu'une envie: repartir mais sur une destination moins chargée d'histoire, plus légère, quelque choses comme les Seychelles, par exemple ... 6 mois plus tard je suis partie au Vietnam... :)